Rechercher
  • Dr. Christophe Kühl

Comment établir une fiche de paie allemande : exemple et explications

Vous venez d’embaucher votre première collaboratrice ou votre premier collaborateur en Allemagne ? Félicitations ! La prochaine étape à mettre en place rapidement : établir le bulletin de paie conformément aux exigences allemandes. Que la ou le salarié soit embauché directement par la maison mère française, ou par une filiale ou une succursale allemande, la fiche de paie doit être établie selon le modèle allemand dès que l’activité est soumise au droit social allemand. Pour vous aider à comprendre la fiche de paie allemande, nous avons analysé un exemple standard. Décryptage et explications.



Abrechnung der Brutto/Netto-Bezüge : c’est par cette appellation plutôt longue, que l’on pourrait traduire par « décompte des paiements bruts/nets », que nos amis allemands nomment le bulletin de salaire. Un document qui paraît à première vue incompréhensible : abréviations inconnues, nombreuses colonnes, chiffres dans tous les sens…


Détrompez-vous ! La fiche de paie est plutôt plus simple à lire en Allemagne qu’en France. Elle tient toujours sur une page, contient rarement plus de 15 lignes et est organisée en rubriques bien structurées. Voici un exemple typique de fiche de paie allemande, que nous allons vous décrire en détail.



Même si l’établissement d’un bulletin de paie s’avère moins complexe en Allemagne qu’en France, il est conseillé d’en confier la tâche à un partenaire spécialisé : vous serez sûrs de vous conformer à toutes les exigences légales. En Allemagne comme en France, la plupart des PME font établir les fiches de paie par leur comptable.

1. Les informations personnelles de la ou du salarié

Dans ce premier cadre, généralement placé en haut à gauche de la fiche de paie, sont recensées les informations personnelles de la ou du salarié : son numéro de collaborateur (Personal-Nr.), sa date de naissance (Geburtsdatum), sa date d’entrée dans l’entreprise (Eintritt)…

On y trouve également les informations qui permettent de calculer les charge sociales, retenues directement sur le salaire : le nom de la Krankenkasse, la caisse d’assurance santé, ainsi que son numéro (KK-Nr), et le pourcentage du salaire brut prélevé par celle-ci (KK%). Précisions utiles, car en Allemagne, l’employé est libre de choisir sa caisse primaire d’assurance maladie. Il en existe plus de 200, chacune avec des taux de cotisation et des prestations différents.



Les impôts sur le revenus étant prélevés à la source, apparaît aussi la « classe fiscale » ou Steuerklasse (en abrégé StKl), qui permet d’estimer à l’avance le montant de l’impôt en fonction de la situation personnelle de la ou du salarié. Ici, la classe fiscale est la classe 1, attribuée aux célibataires.


Plus étonnant encore pour un regard français, on peut y lire la religion de la ou du salarié (Konfession). Les employés membres d'une Église, c’est-dire qui ont déclaré une religion lors de leur inscription en mairie, paient en effet un impôt du culte (Kirchensteuer). S’élevant à 8 ou 9% du salaire brut, selon les Länder, il est prélevé en même temps que l'impôt sur le revenu.


2. Les jours de travail effectifs et congés

Ce deuxième encadré, situé ici en haut à droite de la fiche de paie, donne un aperçu des heures effectivement travaillées et chômées. On y repère notamment les jours et les heures de présence (Anw. Tage et Anw. Std.), ainsi que les jours de congés restant à prendre (Url.Ansp. pour Urlaub Anspruch).



Dans l’encart qui suit, intitulé Hinweise zur Abrechnung, que l’on peut traduire par “Indications pour le décompte”, on trouve parfois des détails supplémentaires sur les présences et absences : le temps de travail hebdomadaire ou mensuel, un éventuel arrêt maladie ou encore un congé parental.


3. Le détail du salaire brut

Après ces informations préalables, c’est le moment de détailler les montants bruts et nets. Les premières lignes renseignent le calcul du montant brut total (Gesamt Brutto), qui apparaît en fin de colonne à droite. On trouve dans notre exemple de fiche de paie le salaire brut mensuel (Gehalt), assorti d’une prime extraordinaire (Prämie einmalig) et des montants correspondants à l’avantage en nature du véhicule de fonction pour les trajets personnels et les trajets domicile-travail. C’est ici également que l’on pourrait voir figurer des indemnités de congés payés, le cas échéant.



4. Les impôts et charges sociales

Probablement la rubrique la plus importante de la fiche de paie en Allemagne ! Elle détaille les montants retenus sur le salaire, au titre, d’abord, des impôts sur le revenu (St pour Steuer), ensuite des cotisations sociales (SV pour Sozialversicherung).



Pour les impôts, donc, on distingue plusieurs colonnes. Le Steuer-Brutto désigne le salaire brut total imposable ; les colonnes suivantes indiquent les montants pour les trois types d’impôts auxquels sont soumis les salaires :

  • l’impôt sur le revenu (Lohnsteuer), dont le taux varie selon le montant du revenu imposable. Le taux d’entrée est de 14 %, et il augmente progressivement par tranches jusqu’à 42 % (pour la tranche de revenu supérieure à un montant de 55 961 €), voire 45% pour les très hauts revenus (pour la tranche de revenu supérieure à 265 327 € en 2019).

  • L’impôt sur l’Eglise (Kirchensteuer), qui représente, comme on l’a vu, entre 8 et 9% du salaire brut. Mais il est rarement applicable pour une ou un employé français.

  • La surtaxe de solidarité (Solidaritätszuschlag), qui représente 5,5 % de l’impôt sur le revenu, est consacrée à la reconstruction de l’ex-Allemagne de l’Est.


L’impôt sur le revenu est normalement payable dans le pays de travail. Une exception existe pour les travailleurs frontaliers, qui paient l’impôt dans leur pays où ils ont leur domicile. Pour libérer son employeur en Allemagne de son obligation de retenir l’impôt à la source, un salarié frontalier français doit lui remettre une « attestation d’exonération concernant les rémunérations » de la part des services d’impôts français (formulaire 5011).

Pour les charges sociales, c’est un peu le même fonctionnement : les quatre premières colonnes indiquent les montants bruts retenus pour le calcul, les quatre suivantes indiquent la cotisation à prélever sur le salaire. On distingue ainsi quatre catégories de charges sociales, qui correspondent aux branches de la sécurité sociale allemande :

  • KV, l’abrégé pour Krankenversicherung, c’est-à-dire l’assurance maladie

  • AV, pour Arbeitslosenversicherung, qui correspond à l’assurance chômage

  • RV ou Rentenversicherung, c’est-à-dire l’assurance retraite

  • PV pour Pflegeversicherung, soit l’assurance dépendance.

En principe, toute personne salariée en Allemagne est obligatoirement affiliée à ces quatre branches. Cependant, il existe des exceptions pour la branche maladie : elle ne concerne ni les revenus les plus faibles (les fameux Mini-Jobs, en dessous de 450 euros bruts mensuels), ni les revenus les plus élevés (au delà d’un salaire annuel brut de 60 750 euros en 2019). Au delà, la ou le salarié peut choisir de s’affilier au régime légal ou à un régime privé.


Les taux des cotisations versées à la sécurité sociale sont exprimés en un pourcentage du salaire, qui est d’environ 20% du salaire brut pour la totalité des charges sociales. Celui-ci ne varie pas en fonction du revenu, mais le salaire à prendre en compte pour l’assiette du taux est plafonné, ce qui permet de ne pas surcharger les salaires les plus élevés.


Pour connaître en pratique, les montants prélevés sur le salaire brut, vous pouvez vous reporter à un calculateur de salaire brut en net.


5. Le revenu net

Une fois les différents impôts et charges calculés, on peut soustraire ces montants au salaire brut. On obtient alors le revenu net, dit Netto-Verdienst, affiché dans la colonne de droite.



Mais ce n’est pas fini ! À ce revenu net, peuvent encore être ajoutés ou retranchés des montants nets personnalisés, affichés sous l’intitulé Netto-Bezüge/Netto-Abzüge. Dans notre exemple, le salarié se voit ainsi apposer un retrait de 840 euros correspondant à l’avantage en nature pour l’utilisation du véhicule de fonction pour son usage personnel.


6. Le salaire effectivement versé

Enfin, le montant du virement effectué pour le mois en cours est indiqué tout en bas à droite sous l’appellation Auszahlungsbetrag.



Le montant est versé sur le compte bancaire dont les coordonnées figurent généralement juste à gauche (dans notre exemple, l’encart est laissé vide).


7. Les charges patronales

L’employeur peut décider de faire apparaître sur la fiche de paie le coût total que représente son salarié (Gesamtkosten), en particulier la part patronale des cotisations sociales (SV-AG-Anteil).



Vous pouvez noter que celles-ci sont partagées pour moitié entre l’entreprise (19,38% du salaire brut) et la ou le salarié (20,52%). Elles sont donc bien moins élevées qu’en France, où le taux de prélèvement atteint plus du double !


8. L’attestation de revenu

Le dernier encadré synthétise les valeurs brutes cumulées ainsi que les montants retenus au titre de l’impôt sur le revenu et de la sécurité sociale.



153 vues

© 2019 Taxalis